Nouveauté
Jean Christophe Portes
Les enquêtes de Victor Dauterive
«Victor Dauterive, un enquêteur sous la Révolution»

La Fayette, 32 ans en 1789

 

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette. Pendant un temps, ce héros de la guerre d’indépendance Américaine a été le roi de la Révolution. Alors qu’il est adulé aux États-Unis, où il avait à 20 ans acquis un prestige extraordinaire, il est l’un des mal aimés de notre roman national.

Il aura fallu 1917 et l’arrivée des « boys » sur le sol français pour remettre cet homme à sa juste place.

Issu d’une haute lignée, le jeune La Fayette est très vite orphelin. Il connait comme Dauterive une enfance un peu sauvage, au contact des petits paysans d’Auvergne. Puis il entame très jeune la carrière militaire, comme c’est le cas alors pour nombre de jeunes aristocrates, à l’instar de Napoléon Bonaparte.

Séduit par les idées des philosophes et par la franc-maçonnerie, il découvre à 18 ans le combat des « insurgents » et décide de s’y joindre, contre l’avis du roi. Il participe aux combats, devient un protégé, un quasi fils adoptif de Washington, puis revient quelques années plus tard plaider la cause de la Liberté auprès de Louis XVI. Parce que la guerre entre la France et la Grande-Bretagne est toujours en cours malgré la paix officielle, ce dernier décide d’aider les indépendantistes. La Fayette est alors immensément populaire, un trait d’union entre le nouveau monde et l’ancien. Il est le « héros des deux-mondes ».

Après avoir participé à « l’assemblée des notables », une ultime tentative du roi pour essayer de faire accepter les réformes indispensables, La Fayette, qui est député aux États-Généraux, devient presque naturellement l’un des chefs de file des « patriotes », c’est-à-dire des révolutionnaires.

C’est lui qui au soir du 14 juillet est nommé à la tête de la garde nationale, ce qui fait de lui le principal soutien de ceux qui veulent une monarchie constitutionnelle. Mais ni le roi ni la reine ne le supportent : ils le jugent arrogant et inconséquent, se privant ainsi d’un soutien de poids. Après l’émeute d’octobre 1789, qui oblige la famille royale à quitter Versailles pour s’installer à Paris, la rupture est définitivement consommée. Les souverains détesteront la place qu’il prend lors de la fête de la Fédération, en juillet 1790.

Et lorsque le couple royal décide de fuir la capitale, l’année suivante, La Fayette est soigneusement tenu à l'écart du projet. 

À la fin de l’année 1791, le héros des deux mondes est un homme seul, sans parti politique — on dit alors une faction —, et sans appui populaire. Le roi et la reine le détestent plus que jamais. Il est jugé comme un traître par les aristocrates. Les démocrates l’accusent de double jeu. Lorsqu'il tente de se faire élire maire de Paris, l’échec est cinglant.

Quelques mois encore passent, et la guerre éclate. Nommé général d’armée, il revient à Paris pour proposer ses services à Louis XVI, dont le trône est ouvertement menacé. « Plutôt mourir que d’être sauvée par cette homme », réplique la reine. Mais La Fayette ne renonce pas et tente de soulever les troupes. Décrété d’accusation, il doit s’enfuir. Il sera emprisonné pendant de longues années chez les Autrichiens chez qui il a trouvé refuge.