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Jean Christophe Portes
Les enquêtes de Victor Dauterive
«Victor Dauterive, un enquêteur sous la Révolution»

Louis XVI, 35 ans en 1789

Ce petit-fils de Louis XV qui n’était pas appelé à régner grandit dans l’ombre de son frère le duc de Bourgogne, un garçon sûr de lui, intelligent, dont toute la cour pense qu’il sera un grand roi, mais qui est emporté par une tuberculose osseuse à l’âge de 9 ans. Le futur Louis XVI, 7 ans alors, s’effraye de la charge qui lui incombe. Un certain sentiment d'illégitimité le poursuivra longemps, forgeant son caractère parfois indécis. 

Marié avec Marie-Antoinette d’Autriche à 16 ans, il monte sur le trône 4 ans plus tard. C’est un géant de 1m90, plus intéressé par la chasse, la serrurerie et les découvertes géographiques que par les femmes et le pouvoir. 

Dans ses débuts, il peut s'appuyer sur une immense popularité. Le peuple attend beaucoup de cet homme d’apparence débonnaire, très investi dans le bonheur de son peuple.

On a beaucoup critiqué ses hésitations, son incapacité à prendre des décisions, voir même sa bêtise. Mais la tâche qui l’attendait était immense. Elle s’est révélée insurmontable. Elevé dans le culte de la royauté de droit divin, il n’a pas réussi la transition vers un régime constitutionnel à l’Anglaise que souhaitaient la plupart des révolutionnaires de 1789. 

Il tente pourtant de réformer le pays, conscient que les choses ne peuvent continuer ainsi. Mais tout s’oppose à lui. L’aristocratie ne lui apporte aucune aide. Les parlements refusent de faire passer ses lois, prétendant défendre la liberté alors qu’ils s’accrochent à leurs privilèges. La crise s’aggrave inexorablement, jusqu’à la tenue des États-Généraux. Le pouvoir lui échappe en juin 1789, lorsque le Tiers-État se décrète Assemblée nationale.

Jamais Louis XVI, élevé en monarque héréditaire, n’acceptera vraiment ce parlement. 

Il hésite : faut-il une répression ? La prise de la Bastille, qui a suivi la mise en place de troupes autour de Paris, lui apporte un élément de réponse: la force amènerait un bain de sang. Louis XVI, isolé à l'intérieur et sans soutien à l'extérieur, tente de naviguer à vue en acceptant les réformes. 

La constitution civile du Clergé, qui soumet le clergé de France au pouvoir politique, le heurte profondément. C'est l'une des raisons qui le pousse à tenter de fuir Paris en 1791. Il n’écoute les conseils de Mirabeau, qui lui suggérait de partir vers l'intérieur du pays. La direction qu’il prend, une place forte à deux pas de l’Autriche, sème un trouble profond dans le pays. Le roi voulait-il utiliser la force et s’allier avec l’étranger?  

Son sort, à son retour à Paris, divise les révolutionnaires. Le juger, c’est la fin de la royauté et la marche vers l'inconnu. La majorité s'y refuse, et il est donc laissé en place. En septembre 1791, il porte serment à la Constitution enfin écrite.

Pour se sortir de ce piège, Louis XVI joue un jeu dangereux : il pousse à la guerre, qu’il espère perdue d’avance. Et appelle donc au pouvoir les députés Girondins, qui veulent aussi la guerre, pour fédérer la Révolution.

Ce sera un désastre. L’armée, désertée par ses cadres aristocrates, est mise en déroute au début de l’année 1792. Le sursaut des patriotes survient quelques mois plus tard, alors que l’avance prussienne et autrichienne menace Paris. Une partie des révolutionnaires, Robespierre et Danton notamment, décident alors de faire tomber le roi. En aout 1792, les Tuileries sont prises d’assaut et Louis XVI se réfugie à l’Assemblée. La République est proclamée, et la famille royale emprisonnée au Temple. 

En décembre, la découverte d’une armoire secrète dans les appartements royaux scelle le sort du roi et rend le procès inévitable. On découvre que la cour a corrompu Mirabeau et une partie de l’assemblée, mais aussi certains révolutionnaires comme Danton. Cette corruption pourrait être l'une des raisons des massacres de septembre 1792, lors desquels des proches du roi (Montmorin, Valdec de Lessart, ou Arnaud De La Porte) — témoins de ces manœuvres — sont fort opportunément éliminés. 

Malgré ces éléments à charge, Louis XVI n'est condamné à mort qu'à une voix de majorité. Il est exécuté au mois de janvier 1793.