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Jean Christophe Portes
Les enquêtes de Victor Dauterive
«Victor Dauterive, un enquêteur sous la Révolution»

Marie-Antoinette, 34 ans en 1789

Une abondante littérature décrit le destin de cette jeune autrichienne venue en France à l'âge 15 ans pour y épouser un grand adolescent timide et maladroit, qui serait guillotiné deux décennies plus tard. Les festivités de son mariage avec l'héritier du trône sont dramatiques : après une gigantesque bousculade provoquée par un feu d'artifice, entre 100 et 400 personnes meurent écrasées place Louis XV (aujourd'hui la place de la Concorde). 

En 1774, à 18 ans, Marie-Antoinette devient reine de France et de Navarre. Les Français apprécient cette belle jeune femme, mais cela ne dure pas. Elle se révèle frivole et dépensière, insouciante. Pire, son union avec Louis XVI ne donne pas d'enfant pendant de longues années, si bien que les rumeurs vont bon train. Des libelles injurieux commencent à circuler. Elle serait une prostituée, collectionnerait les amants, serait lesbienne. Son insouciance, sa passion pour le jeu, la fête et le luxe, n'aident guère à calmer la tempête.

Entourée d'une petite cour de favoris qu'elle comble de bienfaits, la princesse de Lamballe, le duc de Lauzun, le baron de Besenval, le duc de Coigny puis la comtesse de Polignac, elle se coupe du monde. 

En 1785, l'affaire du collier achève de ruiner son crédit. Elle tente de réformer son train de vie, mais il est trop tard. Une incroyable campagne de désinformation et d'injures lui prête tous les vices, la charge de toutes les fautes du régime. 

Marie-Antoinette aborde la Révolution avec un drame : la mort de son fils de 4 ans, le Dauphin. Quelques jours plus tard, le Tiers-État se décrète Assemblée nationale. Dès cet instant, Marie-Antoinette adopte une position offensive: pas question de laisser ces avocats de province, ces philosophes, mener le bal. Mais Louis XVI, conscient de son isolement politique, tempère. Il refuse de quitter Paris ou de faire intervenir l'armée. 

Les 5 et 6 octobre, une émeute probablement fomentée par les partisans du duc d'Orléans aboutit au retour du couple royal au Tuileries, à Paris. Il faudra l'intervention de La Fayette, à ce moment très populaire, pour éviter qu'elle ne soit tuée par la foule. Elle est devenue « l'Autrichienne »« Madame Veto » ou encore « le Monstre femelle ».  

En vain, la reine demandera de l'aide à sa famille en Autriche : son frère Lépold II lui conseille d'accepter la Constitution. Après l'échec de Varennes, Marie-Antoinette tente approcher les leaders de l'Assemblée, Barnave, Duport et Lameth, avec l'idée de les duper et de retrouver son trône, stratégie qui échoue très vite. Ne reste qu'une solution : la guerre. Il s'agit de lancer la France dans un conflit qu'elle n'a aucune chance de gagner. Le piège est fonctionne, d'autant qu'une partie des députés, les Girondins, poussent dans le même sens, pour d'autres raisons.

Une partie de ses objectifs est atteint quand les opérations tournent au désastre pour la France, début 1792. Mais à l'été, une partie des révolutionnaires décide de faire tomber ce pouvoir dont la trahison se devine. Le 10 aout 1792, les Tuileries sont prises d'assaut et les Suisses qui les défendent massacrés. 

Après son jugement, Louis XVI est guillotiné au début de l'année suivante. Quelques irréductibles tenteront de délivrer Marie-Antoinette, toujours emprisonnée dans la prison du Temple, mais ils échoueront. Robespierre évoque sa situation devant la Convention en mars 1793. Il faut la juger, elle constituerait une menace pour la République. Malade mais combative, elle supporte la terrible séparation d'avec ses enfants et se bat au tribunal. Le dossier d'accusation est incomplet, le journaliste Hébert vient l'accuser d'inceste. Elle se défend avec succès. Mais elle peine à contester les accusations d'entente avec les puissances étrangères, et de «complot tendant à allumer la guerre civile à l'intérieur de la République», même si les preuves ne seront connues que plus tard. 

Marie-Antoinette est condamnée à mort et guillotinée le 16 octobre 1793 à l'âge de 38 ans.