Nouveauté
Jean Christophe Portes
Les enquêtes de Victor Dauterive
«Victor Dauterive, un enquêteur sous la Révolution»

Paris à la Révolution

En 1789, la capitale garde en bonne partie le même aspect que sous le Moyen-Âge. La plupart des grandes artères que nous connaissons aujourd’hui seront tracées plus de soixante ans plus tard par Haussmann, le préfet de Paris.

La surface de la ville est d’ailleurs bien plus réduite qu’aujourd’hui comme le montre le fameux plan de Turgot dessiné dans la première moitié du 18ème siècle : elle englobe approximativement les 6 premiers arrondissements actuels. En 1789, la ville s’est quelque peu agrandie à l’intérieur du « mur des fermiers généraux », achevé à grands frais. La nouvelle enceinte, qui a pour principal objet de mieux percevoir les taxes sur les marchandises, sera en partie détruite à la Révolution.

Dans le centre, les rues de Paris sont étroites, sombres, sales, les immeubles serrés et souvent vétustes. On y vit dans la promiscuité, les bruits et les odeurs. Les plus pauvres louent des garnis, à la journée ou à la semaine, déménageant à la cloche de bois lorsqu’ils n’ont plus d’argent. Les ponts eux-mêmes sont chargés de maisons. Rien n’est véritablement entrepris pour la salubrité de la ville, à part un éclairage chiche. La plupart des rues ne sont pas pavées, ce qui fait la fortune des « décrotteurs », des petits artisans spécialisés dans le nettoyage des habits et des chaussures. Impossible en effet de se déplacer d’un point à un autre de la ville sans y arriver couvert de boue. Les hauts fonctionnaires chargés de l’administration parisienne ne se soucient guère de toute cette crasse. La corruption et les complications administratives enterrent systématiquement toute tentative de réforme.

L’essentiel de la population est besogneuse : ouvriers, artisans, domestiques, petits bourgeois, employés. La plupart vont à pied, au milieu d’embarras qui n’ont pas changé depuis ceux que décrivait l’écrivain et poète Boileau, un siècle plus tôt. Voitures et carrosses encombrent les rues dans le plus grand désordre, au milieu de la foule des marcheurs, provoquant accidents et bagarres. Rien n’est fait pour y porter remède. Ce qui n’est pas étonnant, car en réalité, la principale voie de ravitaillement de la capitale est la Seine, où se pressent transports de marchandises et de voyageurs.

Tout à Paris n’est pas que pauvreté. L’église possède de fort belles propriétés, havres de verdure et de paix au milieu de la ville : l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et de nombreux monastère et couvent, qui changeront d’usage à la Révolution, comme les  Cordeliers, les Jacobins, ou les Feuillants.

À l’ouest de la ville s’étend le vaste palais des Tuileries, accolé aux bâtiments plus anciens du Louvre. En octobre 1789, la famille royale sera forcée de s’y installer, tandis que l’assemblée nationale trouve refuge dans la salle de manège, dans les jardins du palais. Tout à côté, le Palais Royal, qui appartient à la famille d’Orléans, a subi une profonde transformation peu avant la Révolution. À la suite d’une énorme opération immobilière, une partie des jardins à été transformée en temple de la consommation. On y trouve des restaurants, des maisons de jeu, des boutiques de luxe… et beaucoup de prostitution. L’enceinte, interdite à la police, devient également un haut lieu de l’agitation politique, menée en sous-main ou encouragée par le duc d’Orléans.

Le Paris des riches vient s’y divertir, quittant leurs hôtels particuliers du Marais, du faubourg Saint-Germain ou de la Chaussée d’Antin, le nouveau lieu à la mode. Les enrichis de la finance ou de la Ferme (la perception privatisée d’une partie des impôts), y font construire des bâtiments d’un luxe inouï, dont beaucoup  abritent aujourd’hui nos ministères…

Cette ville à la superficie somme toute assez réduite est environnée par la campagne. Au-delà des Invalides, ce sont des fermes, des champs et des vergers. Même chose derrière le palais du Luxembourg, au-delà de l’actuel boulevard Saint-Michel, de la place Maubert, de la rue Saint-Denis ou du Palais-Royal. Quand à Chaillot, Vaugirard, Montmartre, Belleville, ou Charonne, sont des villages encore bien distincts de la vieille cité.